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Indice à décrément : définition, calcul et risques

Indice à décrément : définition, calcul et risques

5 min
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2026
Gros plan d'une main signant des documents avec un stylo

Sur la brochure d'un produit structuré, le sous-jacent, c'est-à-dire l'actif dont dépend la performance du produit, porte parfois un nom long qui se termine par « Decrement 50 Points » ou « Decrement 5% ». Cette mention signale un indice à décrément : un indice qui perd chaque année un montant fixé à l'avance, quelle que soit l'évolution des marchés. Ce mécanisme modifie le calcul de la performance, les chances de remboursement anticipé et le niveau de protection du capital. Son coût se mesure en points ou en pourcentage, et quelques vérifications permettent de l'évaluer avant de souscrire.

Qu'est-ce qu'un indice à décrément ?

Un indice à décrément part d'un indice dividendes réinvestis, c'est-à-dire un indice qui ajoute à la variation des cours les dividendes versés par les entreprises qui le composent. Cet indice de départ est appelé ici indice de référence. Chaque année, un montant fixe en est ensuite retranché : le décrément, aussi appelé dividende synthétique ou dividende forfaitaire. Ce montant est en général déduit chaque jour, au prorata, et non en une seule fois.

Le décrément prend deux formes :

  • en pourcentage : l'indice perd par exemple 5% de sa valeur par an ;
  • en points : l'indice perd un nombre fixe de points par an, par exemple 50 points.

Ainsi, le dividende réellement versé n'a plus d'effet sur la performance retenue : seul le décrément compte. Le même principe s'applique à une action, qui sert alors de sous-jacent avec un dividende forfaitaire exprimé en euros.

Ces indices sont très répandus en France. Selon l'Autorité des marchés financiers (AMF), ils représentaient environ 38% des encours de produits structurés commercialisés en 2023 et 26% du nombre de produits, une part qui recule toutefois depuis 2021. Les encours désignent ici les montants investis par les épargnants. Par ailleurs, les décréments en points dominent : 73% des encours et 88% des produits concernés.

Pourquoi les émetteurs utilisent des indices à décrément ?

L'émetteur, la banque qui fabrique le produit, doit se couvrir, c'est-à-dire acheter des instruments financiers qui compensent ses pertes si le sous-jacent évolue contre lui. Or, sur un indice classique, les dividendes futurs sont incertains, et cette incertitude renchérit la couverture. Avec un décrément, le montant à déduire est connu dès l'émission : la couverture devient moins chère et plus prévisible.

En contrepartie, l'émetteur peut proposer un coupon plus élevé (le gain versé sous conditions) ou une barrière de protection plus basse (le seuil sous lequel le capital est entamé) qu'avec un indice classique, à conditions de marché égales. Toutefois, le risque lié aux dividendes ne disparaît pas. Il passe de l'émetteur à l'investisseur, qui supporte l'écart entre le décrément et les dividendes réellement versés.

Le groupe de travail de l'AMF relève que le taux moyen des dividendes semble le plus souvent inférieur au décrément retenu. Dans un exemple cité, un indice affichait un décrément de 4.75% par an, pour un dividende net moyen de 2.91% sur huit ans.

Comment se calcule le décrément ?

Le décrément en pourcentage

Un décrément de 5% par an retire chaque année 5% de la valeur de l'indice, quel que soit son niveau. Si l'indice dividendes réinvestis reste stable à 1 000 points, l'indice à décrément termine l'année à 950 points. Son poids reste donc constant en proportion, que le marché monte ou baisse.

Le décrément en points

Un décrément de 50 points par an retire toujours le même nombre de points. Son poids relatif dépend donc du niveau de l'indice : 50 points représentent 5% d'un indice à 1 000 points, mais 10% d'un indice à 500 points. Par conséquent, plus l'indice baisse, plus le décrément pèse lourd. L'AMF donne l'exemple d'un indice qui passe de 1 000 à 800 points : avec un décrément de 50 points, il tombe à 750 points, soit une baisse supplémentaire de 6.25%.

La perte de valeur cumulée sur plusieurs années

Le décrément s'additionne d'une année sur l'autre. Le tableau suivant part d'un indice dividendes réinvestis stable à 1 000 points pendant toute la durée.

Durée Indice de référence Décrément de 50 points Décrément de 5%
1 an 1 000 points 950 points 950 points
4 ans 1 000 points 800 points 815 points
8 ans 1 000 points 600 points 663 points
10 ans 1 000 points 500 points 599 points

Sur dix ans, un marché parfaitement stable fait donc perdre la moitié de sa valeur à un indice décrémenté de 50 points.

Décrément en points ou en pourcentage : l'effet selon le marché

L'écart entre décrément en points et décrément en pourcentage dépend de la tendance du marché. Le tableau suivant simule trois scénarios sur huit ans, à partir d'un indice dividendes réinvestis à 1 000 points.

Scénario sur 8 ans Indice de référence Décrément de 50 points Décrément de 5%
Hausse de 5% par an 1 477 points 988 points 980 points
Marché stable 1 000 points 600 points 663 points
Baisse de 5% par an 663 points 335 points 440 points

En marché haussier, les deux formes donnent un résultat proche, avec un léger avantage au décrément en points. En revanche, en marché baissier, le décrément en points accélère nettement la chute : l'indice termine à 335 points, contre 440 points avec un décrément en pourcentage.

Le décrément devient favorable lorsque les dividendes réellement versés par les entreprises de l'indice dépassent le niveau du décrément. À l'inverse, lorsque le décrément dépasse les dividendes, l'écart réduit la performance retenue chaque année.

Les conséquences du décrément sur un produit autocall

Les indices à décrément servent souvent de sous-jacent à des produits autocall, comme les produits Athena et Phoenix. Ces produits sont remboursés par anticipation dès que le sous-jacent atteint un seuil fixé à l'avance à une date de constatation, c'est-à-dire l'une des dates où son niveau est relevé.

Un rappel anticipé plus difficile à obtenir

Lorsque le seuil de rappel est fixé à 100% du niveau initial, le rappel anticipé suppose que l'indice à décrément revienne au moins à son point de départ. Or l'indice de référence doit d'abord compenser le décrément cumulé. Avec un décrément de 5% par an, la hausse nécessaire de l'indice dividendes réinvestis s'établit ainsi :

  • +5.3% pour un rappel au bout d'un an ;
  • +10.8% au bout de deux ans ;
  • +22.8% au bout de quatre ans ;
  • +50.7% au bout de huit ans.

Dès lors, le capital risque de rester bloqué plus longtemps, jusqu'à l'échéance dans les scénarios les moins favorables. Le pôle commun de l'AMF et de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), qui surveille la commercialisation des produits financiers, relève d'ailleurs qu'en marché baissier ou stable, le décrément freine l'atteinte des conditions de remboursement anticipé et le versement des coupons.

Une barrière de protection atteinte plus tôt

La barrière de protection est le niveau sous lequel le capital n'est plus protégé à l'échéance. Le décrément rapproche mécaniquement l'indice de ce seuil. Par exemple, avec une barrière à 50% du niveau initial et un marché stable, un décrément de 50 points suffit à atteindre la barrière en dix ans, sans aucune baisse des cours. Une barrière plus basse ne compense donc qu'en partie l'effet du décrément.

Des coupons plus élevés en contrepartie

Le décrément finance un coupon plus élevé que sur un indice classique. Cependant, ce coupon reste conditionnel : il n'est versé que si l'indice à décrément atteint le seuil prévu. Un coupon affiché à un niveau élevé doit donc se comparer au coût annuel du décrément, et non au seul rendement d'un placement sans risque. Par ailleurs, le capital n'est pas garanti et le remboursement dépend aussi de la solidité financière de l'émetteur.

Les points à vérifier avant de souscrire

La term sheet, fiche technique du produit, et le document d'informations clés (DIC), document réglementaire de deux à trois pages, contiennent les informations utiles :

  • le nom exact de l'indice et son fournisseur, avec la mention du décrément ;
  • le type de décrément, en points ou en pourcentage, et son niveau ; un décrément en points se convertit en pourcentage en le divisant par le niveau de l'indice à la date de lancement ;
  • le rendement moyen des dividendes de l'indice de référence sur plusieurs années, à comparer au décrément ;
  • la durée maximale du produit, puisque l'écart se cumule chaque année ;
  • le seuil de rappel et le niveau de la barrière ;
  • la clause de remplacement de l'indice, qui prévoit ce qui se passe si l'indice cesse d'être calculé.

Ce qu'il faut retenir

  • Le décrément est un coût fixe annuel : il remplace des dividendes incertains par un montant connu à l'avance, retranché chaque année de l'indice dividendes réinvestis, que le marché monte ou baisse.
  • Le décrément en points est le plus risqué en marché baissier : son poids augmente à mesure que l'indice recule, alors qu'un décrément en pourcentage garde un poids constant.
  • Le décrément pèse sur les mécanismes du produit autocall : il retarde le remboursement anticipé, réduit les chances de coupon et rapproche l'indice de la barrière sous laquelle le capital n'est plus protégé.
  • Un coupon élevé n'a de sens que comparé au décrément : lorsque le décrément dépasse largement les dividendes historiques de l'indice, une part du coupon affiché finance simplement cet écart.

Questions fréquentes sur les indices à décrément

Un indice à décrément est-il toujours défavorable ?

Un indice à décrément n'est pas toujours défavorable. Il devient avantageux lorsque les dividendes réellement versés dépassent le décrément. Cependant, selon l'AMF, les dividendes moyens semblent le plus souvent inférieurs au décrément retenu.

Quelle différence entre décrément et dividende ?

Le dividende est la part du bénéfice que l'entreprise verse à ses actionnaires : son montant varie chaque année. Le décrément est un montant fixe, défini à l'émission du produit, qui remplace les dividendes dans le calcul de l'indice.

Où trouver le niveau de décrément d'un produit structuré ?

Le niveau de décrément d'un produit structuré figure dans la term sheet et dans le nom complet de l'indice, par exemple « Decrement 50 Points ». Le prospectus, document juridique complet du produit, et la documentation du fournisseur de l'indice détaillent aussi la méthode de calcul.

Qu'est-ce qu'une action à décrément ?

Une action à décrément applique le même mécanisme à une seule entreprise. La performance retenue correspond au cours de l'action, dividendes réinvestis, diminué d'un dividende forfaitaire fixé en euros. Si l'entreprise réduit son dividende réel, l'investisseur supporte la différence.

Un indice à décrément peut-il disparaître ?

Un indice à décrément peut cesser d'être calculé, par exemple si son fournisseur l'arrête. La documentation du produit prévoit alors un indice de remplacement ou un remboursement anticipé, éventuellement à une valeur inférieure au capital investi.

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Photographie du prix d'une action qui varie au cours du temps

Comment fonctionne la protection des produits structurés ?

La protection d'un produit structuré repose sur différents mécanismes conçus pour limiter les risques et préserver une partie du capital investi, même en cas de conditions défavorables sur les marchés financiers. Voici quelques-uns des principaux mécanismes de protection utilisés : la barrière de protection, la garantie du capital, les mécanismes de couverture, et les remboursements échelonnés.

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